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Après avoir réfléchi à notre obsession paradoxale pour les tueurs en série, je m’en vais vous raconter l’histoire du meurtrier qui reste à ce jour probablement le plus connu de l’Histoire. Il était une fois, Jack l’éventreur… À l’automne 1888, l’assassinat de prostituées dans le quartier londonien de l’East End sème la terreur. La spécialité du meurtrier : éviscérer ses victimes. L’Histoire aura retenu son nom, je m’en fais aujourd’hui le relais. Suivez-moi pour découvrir le récit de ce serial killer hors norme…


L’East End plongé dans la terreur

À la fin du XIXe siècle, Londres est la plus grande ville du monde occidental. La capitale anglaise incarne alors la toute-­puissance d’une Grande-Bretagne dont l’économie et la diplomatie domi­nent alors la planète. C’est là, dans le quartier populaire de l’East End, qu’une série de crimes atroces commis en 1888 contre des prostituées va lever le voile sur l’envers obscur de la société britannique. Tout commence à la fin de l’été, lorsque l’on retrouve à Buck’s Row, une ruelle sombre de ce quartier ouvrier, le cada­vre de Mary Ann Nichols, dite Polly. Cette femme de 43 ans a été étranglée, puis on lui a tranché la gorge, entaillé l’abdomen et ­lacéré les organes génitaux. Une semaine plus tard, dans une arrière-cour du quartier voisin de Spitalfields, on découvre le corps sans vie d’Annie Chapman : elle a aussi été égorgée et éviscérée.

BD Jack l'éventreur

À la fin du mois de septembre, deux autres victimes sont identifiées, prostituées occasionnelles elles aussi. La seconde a été atrocement mutilée : des organes ont été retirés du ventre ouvert et déposés près du ­visage balafré. Quartier populaire gangrené par la misère et l’alcoolisme, l’East End n’en était pas à ses premiers crimes. Mais ces meurtres sordides soulèvent l’indignation et suscitent une vive inquiétude dans toute la capitale britannique. En l’absence de traces ou de témoignages, la police est désemparée. Pourtant, quelques jours avant les meurtres de septembre, une lettre avait été transmise aux enquê­teurs de Scotland Yard. Elle revendiquait les deux premiers assassinats et en annonçait d’autres. Écrite à l’encre rouge, elle était ­signée « Jack the Ripper » (l’éventreur, en français). La presse populaire, qui prospère depuis le milieu du XIXe siècle, connaît le potentiel des faits divers. Elle exploi­te cette série de crimes sensationnels.

Un rapport d’autopsie terrifiant

Le 9 novembre 1888, après plus d’un mois de silence, l’assassin frappe encore. On découvre le cadavre de Mary Jane Kelly, une prostituée beaucoup plus jeune que les autres (seulement 23 ans). Elle est surtout la seule des victimes de l’Éventreur à avoir été assassinée entre quatre murs, ce qui a laissé tout son temps au tueur pour peaufiner ses muti­lations. Le rapport d’autopsie est terrifiant. La jeune femme n’a pas seulement été éventrée ; le visage a été tailladé jusqu’à l’os, les seins ont été découpés, la peau des cuisses arrachée, l’abdomen incisé et les organes dispersés dans la pièce. Le légiste ne se contente pas d’examiner le cadavre, il émet des hypothèses sur la personnalité de l’assassin, offrant le premier portrait psychologique et sexuel du tueur. Il ne fait aucun doute qu’un seul homme est responsable des cinq crimes : même modus operandi et muti­lations analogues.

En outre, le légiste doute que l’assassin soit médecin ; il pense à un boucher ou un équarrisseur. Ses motivations semblent claires : c’est un homme ordinaire, solitaire et sujet à des crises de manie meurtrière et sexuelle. L’expert venait d’inventer l’une des pires figures de la modernité : le serial killer ! Mais alors que le portrait de l’assassin se précise, la série de meurtres s’interrompt. La liste des coupables potentiels, elle, s’allonge à l’infini. Plusieurs personnalités sont suspectées. Tous sont bien sûr disculpés, mais la paranoïa gagne toute la société. L’en­quête durera encore quelques ­années, pendant lesquelles circulent les hypothèses les plus fantaisistes, puis sera close officiellement en 1892. Pour les Londoniens cependant, la page ne serait pas facile à tourner. L’Éventreur avait ­réveillé les démons qui taraudaient de longue date la société victorienne. Les élites britanniques redoutaient la violence tapie au cœur des bas quartiers.

Jack l’éventreur, star de cinéma

L’affaire ne fut jamais élucidée, mais l’Éventreur n’a pas quitté l’imaginaire. Sa postérité s’est hissée à la hauteur du mythe et continue de questionner les dessous sombres de notre modernité. C’est pourquoi la littérature et le cinéma se sont emparés du personnage. Reprenant l’intrigue imaginée en 1913 par la romancière Marie Belloc, Alfred Hitchcock sort en 1927 The Lodger : un mys­térieux locataire assassine, à Londres, des jeunes femmes. Deux ans plus tard, George Wilhelm Pabst introduit lui aussi le tueur dans son film Pandora. C’est donc à la fiction qu’il revint d’incarner l’Éventreur, de lui donner cette identité que la police n’était pas parvenue à établir. D’autres auteurs y allèrent de leur coupable. Dernier en date, ­Russel Edwards annonça en 2014 avoir décou­vert, grâce aux traces d’ADN, l’identité de l’Éventreur. Mais à Whitechapel, des milliers de touristes continuent de se presser chaque année sur la trace du meurtrier.


Archétype du serial killer, Jack l’Éventreur a façonné notre regard sur le crime et la violence. Il est devenu un mythe moderne, au cœur de nos pulsions les plus troubles. D’ailleurs, le prochain article que je publierai tentera de répondre à la question suivante : pourquoi certains individus deviennent-ils des tueurs en série ?

One response to “JACK L’ÉVENTREUR : LE TUEUR DE PROSTITUÉES QUI TERRORISA LONDRES”

  1. […] Gein, Jack l’éventreur, Ted Bundy. En France comme aux États-Unis, qu’ils crèvent l’écran des cinémas ou […]

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